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Jeannette 🌻



Jeannette et ses sœurs à Rognes



Hello Jeannette!

Ma maman est née le 21 juillet 1939 mais, guerre oblige, son papa ne l'a déclarée à l'état civil que le 5 août. Déjà, elle commençait à se faire remarquer. Fille aînée d'une fratrie de quatre, elle a toujours été d’un tempérament explosif. Le signe astrologique du Lion a laissé des marques sur elle. On l'appelle  "Vents et Tonnerres" dans la famille Buscema originaire de Sicile ou bien Jeanne la Tarzane! Jeune fille vivant en Tunisie, à La Goulette elle attirait le regard. Elle était séduisante mais n'avait aucune liberté pour mener la vie qu'une fille de 18 ans mène aujourd'hui. Michel Buscema, son père, menace de "casser la gueule" au moindre prétendant qui ose poser un regard sur elle. Vous comprenez son envie de trouver vite un mari et de prendre son envol. La magie opéra... Appuyée sur son balcon rêvant de liberté, elle aperçoit un jeune assez bel homme qui marche. Clash! Il heurte le réverbère et se cogne le nez comme dans un sketch. Aie! Trop occupé à admirer les courbes avantageuses de Jeannette il n’a pas vu où il mettait les pieds.


 Le beau maltais qui a séduit la jeune Jeannette 


Mon père m'a tellement raconté leur histoire que les images de ce film amateur se déroulent devant mes yeux avec précision. Si j'osais j'appellerais mon ami Robert Guédiguian pour lui proposer un scénario pour son prochain long métrage. J'ai déjà un titre, pourquoi pas FÉLIX ET JEANNETTE, ça sonnerait  bien! Et voilà, voilà. L’affaire est conclue. Vous savez qu'à l'époque, interdiction de se faire autre chose que de chastes bisous avant de passer devant le maire et  le curé. Donc, ils se marièrent en janvier 1958 et trouvèrent très vite le mode d'emploi pour faire des "bébés". En juillet 1959, naissance de leur premier enfant, une fille qu’ils prénomment Marie-Elisabeth. Marie pour la vierge Marie et Élisabeth pour Élisabeth Taylor. Le plus drôle c’est que jamais personne ne m’a appelée comme ça. Marie-Lise s’est imposé a eux. C'est mon prénom depuis! Aujourd'hui leur histoire paraitrait assez improbable. Ma mère vingt ans, mon père 26 ans et ML cinq  mois. La nouvelle petite famille si heureuse à La Goulette, ma mère enfin indépendante. LE BONHEUR. Malheureusement,  à cause de la guerre d’Algérie si proche de la Tunisie, ils sont vite contraints de plier bagages pour mettre tout le monde "à l’abri". Ils décident d’aller à Marseille. Cette jolie histoire aurait pu très mal se terminer. Mais, grâce à Dieu, non! Marseille a été une excellente idée mais cette rupture dans leurs si jeunes vies a laissé des cicatrices. Elles ne sont toujours pas refermées. C'est ainsi. Dans la vie, on a parfois des choix difficiles à faire. On doit prendre des décisions d’adultes alors qu’on est encore des enfants. Et c'est ainsi que nous sommes devenus marseillais, des vrais de vrais!




A Sugiton en février avec JP
Avec lui elle n’a plus mal aux genoux 
L'amour fait des miracles 



A Notre-Dame de la Garde avec ML 


 

Ma mère est quelqu'un d'extraordinaire, un peu pénible parfois, même "casse-nouilles" comme dit sa petite soeur Eliane, mais on lui pardonne! C’est une lionne après tout! C'est la générosité incarnée; quand elle aime elle ne compte pas, au risque de se mettre sur la paille.                                                   

Maman, est une vraie championne, en ce qui concerne la cuisine. Elle prépare à manger pour 2 pour 4, pour 10, pour 20, elle se fait toute seule des montées de tension, certes, mais  elle assure!

Parlons maintenant de son frigo. Mon frère et moi sommes souvent tentés de le photographier! Promis la prochaine fois je le fais! Tu veux ranger une boîte d'oeufs ou un petit morceau de parmesan dans le frigo miraculeux? La mission paraît impossible, pas un seul centimètre cube de libre. Il est BLINDÉ. Jeannette est l'unique gestionnaire de ce frigo de la troisième dimension, je ne mens pas. 

Mon père a toujours faim trente minutes avant le dîner et ça exaspère ma mère! Malgré ça il ose ouvrir l’engin, à la recherche d’un petit en-cas. Evidemment tout dégringole. Et là c’est le drame, un drame à l’italienne. 

- Mais enfin, tu ne pouvais pas demander?

Le frigo de ma mère c’est un poème en alexandrins. Quand elle vient chez nous, la vision de nos clayettes à moitié vides doit lui donner l’impression que nous sommes sous-alimentés! 

Finalement j'ai osé...



Quand elle invite, elle râle, elle s'active, elle cogne les assiettes, elle fait du bruit, un vrai Bulldozer. Au final c'est toujours parfait. 

Tous les jours elle dit:
- Qu'est ce que tu as envie de manger ma fille? (Elle me rappelle notre lien de parenté au cas où je l'aurais oublié!)
- Oh... je mangerais bien des raviolis à la brousse, maman.

Aussitôt dit, aussitôt fait! Plus qu'à se régaler! J’ai oublié de préciser qu'elle pose la question alors qu’on est encore à table! Quand j'étais plus jeune je refusais d'être une épouse et une cuisinière parfaites; je voulais être une femme libérée. Faire comme ma mère, non, sans façon! Mais, en prenant de l'âge, mon raisonnement a évolué. Subrepticement je me suis mise à lui ressembler. Je maîtrise le couscous, les fricassés, la caponata, la pizza sicilienne, presque toutes ses recettes sauf  les Pieds et Paquets. Jeannette m’a énormément appris en cuisine, presque tout. Enfant, j'étais d'abord la fille de mon père et maintenant je suis aussi la fille de ma mère. 
Les années nous ont beaucoup rapprochées elle et moi, ainsi que le fait d'avoir été toutes les deux, au même âge, séparées de nos enfants qui ont décidé de vivre leur vie ailleurs, loin du "nid" 


Maman sur le Vieux-Port 


 





La famille AGIUS-NOËL 




Chers amis lecteurs, j’ai essayé d’écrire un petit portrait de ma mère sincère et  sans concession. C’est une femme atypique pour sa génération, mes copines me le disaient. Elle qui n’aurait jamais prononcé un mot vulgaire devant son père, disait à nos amis "Aimez-vous les jeunes, régalez-vous, la jeunesse ça passe vite!" Mon frère et moi nous lui faisions notre regard qui tue! Sa maison c’était la maison du Bon Dieu, toujours ouverte. Un sens de l’accueil incroyablement sicilien. Même si j’avais souvent envie de l'envoyer paître, je comprends maintenant pourquoi certaines choses  m’énervaient autrefois. Les chansons que je trouvais ringardes à 16 ans comme "Laissez-moi danser" me  font verser des larmes aujourd'hui. Cette mère intrusive qui évoluait dans MA cuisine en me disant "Tu as changé MES casseroles de place"  était seulement en manque de ses enfants.
 
Elle est généreuse, enjouée et dynamique, pénible parfois. 
Son bonheur c'est faire plaisir à ses enfants chéris qui sont partis vivre à des kilomètres d’elle, mon frère à Paris puis à Grenoble, moi à Paris puis à Peyriac. Cette distance entre elle et nous elle l’a acceptée avec le temps mais elle en a terriblement souffert. Je sais de quoi je parle maintenant. Mes enfants vivent loin de moi, Mathieu dans le 95 et Elodie à Dublin. C’est difficile pour des mères comme nous. Peut-être est-ce une malédiction maltaise qui nous poursuit? On ne comprend les choses que lorsqu'on on les vit soi-même. J’ai eu de l’empathie pour une copine qui venait de perdre son père, je partageais sa peine. Mais quand le mien est parti, là j’ai réalisé la profondeur du gouffre du chagrin. C'est ça la vie. On grandit, on vieillit et enfin on comprend. Ça s’appelle l'expérience ou la sagesse. Quoi qu'il en soit, il vaut mieux être une maman qui en fait trop qu’une maman indifférente, n’est-ce pas? Parfois elle nous gonfle, c'est vrai,  mais elle nous a tellement aimés, nourris, blanchis, éduqués, crié dessus à la mode méditerranéenne qu’on accepte ses petits travers. Et maintenant on essaie de lui rendre un peu de ce qu'elle nous a donné. Notre maman qui  a des courants d'air dans la tête et qui oublie de boire et de manger. Jeannette a tout fait pour que nous réussissons nos études, mon frère et moi. Elle nous a fait confiance et elle a cru en nous. C’est énorme! On essaie de la copier Jean-Philippe et moi avec nos propres enfants. Enfin l’aînée a 44 ans et la plus jeune 39. Vous voyez, quel que soit leur âge, nos enfants resteront éternellement nos Bébés.


Love you Mom 🌻 to the moon and back ♥️


Commentaires

  1. Anonyme29/10/26

    Digne de Marius et Jeannette, en effet.
    Belle plume Marie Lise, douloureuse mais en même temps si belle!!
    Ode à l amour à la vie!

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